28 septembre 2018 |  Catégories : lettres

Un projet emballant pour le Québec

À l’été 2016, j’ai fait parvenir aux quatre chefs des partis politiques présents à l’assemblée nationale du Québec l’ébauche d’un livre intitulé provisoirement Le défi de l’humanisation; Pourquoi pas le Québec? afin de susciter leurs commentaires. Cet ouvrage, en cours de révision, vise essentiellement à justifier le droit naturel des enfants et des adolescents à une éducation humanisante. Il indique également les étapes à franchir pour respecter ce droit inaliénable ainsi que les acteurs-clés appelés à en faire un projet de société.

L’éducation est en crise depuis ses origines. Faute d’avoir fondé sa raison d’être sur l’humain, elle a été asservie par différents pouvoirs – religieux, politiques, idéologiques ou économiques – qui ont toujours cherché à la mettre à leur service au détriment du développement de la personne elle-même.
Dans une démocratie, le gouvernement est responsable de la scolarité obligatoire (primaire et secondaire). Or lors des débats télévisés actuels et autres prises de parole, aucun des chefs de partis n’a questionné les fondements de la plus importante de ses institutions. On se contente de bricoler le système en place. Comme la démocratie est fondée sur la souveraineté du peuple, j’ai décidé de m’adresser directement aux Québécoises et Québécois puisqu’il s’agit avant tout de nos enfants et de nos petits-enfants.

Fondements de l’éducation obligatoire

Voici trois des caractéristiques essentiellement humaines qui m’ont permis de cerner les fondements de ce que devrait être une éducation obligatoire, convaincu d’y défendre ainsi le plus important des droits humains :

1-Les humains sont, de par leur nature, une fin en soi, donc à eux-mêmes leur valeur absolue, digne d’un respect inconditionnel.

2- Les humains désirent vivre heureux ici et maintenant c’est-à-dire souffrir le moins possible et jouir le plus possible de leur unique et brève existence dans le respect de leur dignité et celle d’autrui.

3- Les humains naissent inachevés mais héritent dans leur patrimoine génétique et culturel d’un potentiel d’humanité dont on ignore les limites. C’est en connaissant mieux et en actualisant ses dimensions intellectuelle, sociale, affective, psychologiques, sexuelle, physique, etc. qu’une personne acquiert progressivement les compétences nécessaires à la satisfaction de ses besoins, désirs et aspirations dont dépendent son bonheur individuel et collectif ainsi que la survie de son espèce.

Par conséquent, tous les membres de chaque nouvelle génération ont droit à une éducation humanisante qui leur permettrait d’actualiser leurs potentialités au moment propice de leur développement. Cette éducation, pour être humanisante devra nécessairement reposer sur des programmes d’humanisation qui découleront d’une science et d’un art transdisciplinaires du développement humain fondés sur une conception naturelle, rationnelle et scientifique de la commune nature des êtres humains. Une telle science et un tel art qui seraient respectueux de la dignité humaine n’existent pas présentement. Cette lacune dans notre savoir est d’autant plus inacceptable que l’humanité possède actuellement suffisamment d’experts, de connaissances, d’institutions éducatives, d’argent et de technologies pour élaborer et actualiser de tels programmes destinés aux jeunes en milieux scolaires.

Ces programmes d’humanisation viseraient à rendre les jeunes de chaque génération toujours plus conscients, c’est-à-dire toujours plus raisonnables, solidaires, volontaires, autonomes, créatifs, responsables (moraux) et courageux dans la conduite de leur vie personnelle, familiale, sociale, professionnelle, politique, économique et écologique.

Pourquoi les Québécoises et les Québécois n’exigeraient pas que tous les partis politiques, qu’ils soient au pouvoir ou dans l’opposition s’unissent et collaborent pour faire du Québec la première société respectueuse du doit des jeunes à une éducation humanisante?

En faisant de ce droit une priorité, le Québec s’attaquerait enfin à la cause principale ses nombreux problèmes individuels et sociaux plutôt qu’à leurs effets récurrents qui ne cessent de s’intensifier. De plus, par cette approche préventive par excellence, le Québec est susceptible d’épargner des milliards investis dans le curatif. Il est urgent que le Québec réalise que sa plus grande richesse réside dans le potentiel d’humanité de chacun de ses enfants et que les programmes actuels ne le développent pas systématiquement. La démarche que nous proposons constituerait une nouvelle étape dans le développement de notre système d’éducation, et à long terme, un véritable projet de société.

Gaston Marcotte