08 avril 2016 |  Catégories : articles

Lettre d’opinion parue dans le Journal de Québec le 18 mars 2016.

Un peu de dignité, S.V.P.

Comme éducateur, il est difficile de ne pas réagir aux propos disgracieux de certains de nos élus qui ont attiré l’attention des médias dernièrement. Ce sont ces mêmes élus qui condamnent l’intimidation, le harcèlement et l’humiliation pratiqués par les jeunes. Quelle incohérence et quel mauvais exemple. Pourtant ce manque de respect de leur dignité et de celle d’autrui de la part de certains députés, y compris des ministres, ne me surprend pas.
La dignité humaine est le plus important concept pour une espèce dont les membres peuvent devenir conscients qu’ils sont, de nature, une fin en soi. Ils sont donc à eux-mêmes leur valeur absolue digne d’un respect inconditionnel. C’est pourquoi la dignité humaine ne fonde pas uniquement la Déclaration universelle des droits de l’homme. Elle fonde également l’éthique, l’humanisme, le droit, l’éducation obligatoire, le féminisme, la démocratie et toutes les institutions publiques au service du bien commun.
Compte tenu de l’importance vitale d’un tel concept, il devrait être au cœur du programme Éthique et culture religieuse de l’école québécoise. Pourtant, je mets quiconque au défi de trouver dans ce programme bâtard une définition la moindrement explicite de la dignité humaine et comment en respecter les exigences chez soi et chez autrui. Or, sans une telle éducation morale en bas âge, pourquoi se surprendre que les adultes respectent si peu les règles élémentaires de la vie en société?
Plutôt que d’investir temps, énergie et argent uniquement à s’attaquer aux effets récurrents du sous-développement surtout moral des jeunes et des moins jeunes, ne pourrions-nous pas doter le Québec d’un véritable programme d’éthique fondé sur la dignité humaine? Un tel programme serait fondé sur une conception naturelle, rationnelle et scientifique, donc universelle, de la commune nature des êtres humains et leurs exigences de bon développement et de bon fonctionnement dans leurs rapports avec le réel, l’environnement, la vie, eux-mêmes, autrui, la société et l’humanité. Une telle éthique, fondée exclusivement sur la valeur absolue inhérente à toute vie humaine qui est sa propre fin n’aurait pas besoin d’avoir recours aux religions pour former des personnes morales.
Le sous-développement moral des humains est présentement la cause principale de la crise multiforme sans précédent qui a entrainé l’humanité dans un cul-de-sac existentiel d’où elle ne sait comment s’extirper. Tant que les humains n’enseigneront pas aux enfants et aux adolescents pourquoi et comment respecter leur dignité et celle d’autrui, les adultes continueront l’humiliation réciproque qui est selon Edgar Morin le pire mal dans les relations humaines.

Gaston Marcotte