11 novembre 2016 |  Catégories : articles

Une fausse piste coûteuse

Le débat sur le projet de loi 62 favorisant le respect de la neutralité religieuse de l’État et visant notamment à encadrer les demandes d’accommodements religieux dans certains organismes sera un autre gaspillage éhonté de temps, d’énergie et d’argent. On a qu’à penser aux débats houleux entourant le rapport Bouchard-Taylor, le programme Éthique et culture religieuse et la charte de la laïcité. Ces débats acrimonieux qui divisent les Québécoises et les Québécois depuis déjà trop longtemps, se continueront tant que la société québécoise ne se dotera pas d’une charte universelle de valeurs morales fondée sur l’humain, par l’humain et pour l’humain. Avec une telle charte, il y a fort à parier que le Québec réussira à unir ses membres autour d’un socle commun de valeurs.
Un tel document fondateur, qu’il s’appelle «charte» ou autrement, est devenu indispensable à l’avenir non seulement du Québec mais également de l’humanité. En effet, dès que les humains commencèrent à développer leur pensée réflexive et critique, ils cherchèrent sans répit une valeur absolue capable de donner un sens et une direction à leurs comportements individuels et collectifs. Au cours de leur évolution, les humains accordèrent au cosmos, à la nature, aux dieux, aux ancêtres, à la tradition etc. cette valeur absolue d’où ils firent découler les normes (valeurs, principes, lois, règles, etc.) devant les guider dans leurs rapports avec le réel, l’environnement, la vie, eux-mêmes, autrui, la société et l’humanité.
Par après, les scientifiques et les philosophes de la modernité et de la postmodernité ont systématiquement démoli toutes ces « idoles » au nom de la rationalité. Cependant, ils n’ont pas su remplacer de façon explicite les éléments justificateurs des religions par d’autres appuyés sur une vision naturelle de la vie et partagés par la population. C’est l’actuel fondement manquant de la laïcité.
Actuellement, les prémisses des consultations sur le projet de loi 62 sont tellement aseptisées qu’elles vont probablement déboucher sur des solutions (lois) qui, à moyen ou long terme, risquent d’aller à l’encontre du « vivre ensemble » souhaité.
Pour s’extirper du cul-de-sac existentiel dans lequel les morales religieuses entrainent l’humanité, les démocraties doivent se doter rapidement d’une éthique naturelle. Cette éthique doit être fondée sur un système de valeurs morales qui découlent nécessairement d’une conception naturelle, rationnelle et scientifique, donc universelle, de la commune nature des êtres humains et leurs exigences de bon développement et de bon fonctionnement dans leurs nombreux rapports.
Cette charte devra être largement discutée et approuvée lors d’un référendum populaire dans toute démocratie qui se veut, comme le Québec, respectueuse de la dignité inhérente à toute vie humaine. Entre temps, cessons de gaspiller nos précieuses ressources à s’attaquer aux effets de l’absence d’un tel document fondateur et consacrons nos moyens à l’élaborer et à le faire adopter.
Ce sont surtout les jeunes qui ont besoin de cette charte pour combler le vide que le 20e siècle a creusé au cœur de la conscience morale des humains et les aider à se sortir de l’état d’anomie dans lequel ils se débattent.

Texte de Gaston Marcotte paru dans le Huffington Post Québec et dans Le Soleil