27 septembre 2016 |  Catégories : Non classé

Une remise en question incontournable

L’aspirant-chef à la direction du parti québécois, Jean-François Lisée, souhaite remplacer le cours d’Éthique et culture religieuse par un cours « d’éthique et de citoyenneté québécoise ». Le cours actuel qui s’efforce, sans succès, de concilier deux représentations totalement opposées de la réalité, de la vie, de l’humain et de l’éducation obligatoire, a été depuis sa création sévèrement critiqué.
Le cours Éthique et culture religieuse empêche présentement la laïcisation complète de l’école québécoise. Cette arnaque du lobby religieux, va à l’encontre de l’appui massif des Québécois pour la déconfessionnalisation du système d’éducation. Daniel Baril, Normand Baillargeon et leurs collaborateurs viennent de publier un collectif intitulé La face cachée du cours Éthique et culture religieuse qui justifie amplement un changement de contenu. Les parents qui ont des enfants à l’école obligatoire et les enseignants devraient se faire un devoir de lire cet ouvrage qui fait ressortir les incohérences et les contradictions du cours actuel.
Un programme éthique ne se résume pas à la connaissance de l’autre et au bien commun. Il devrait viser à enseigner aux enfants et aux adolescents pourquoi et comment respecter leur dignité et celle d’autrui dans leurs rapports avec le réel, l’environnement, la vie, eux-mêmes, autrui, la société et l’humanité. Une fois devenus adultes, ils pourraient ainsi mieux réussir à vivre ensemble plus paisiblement en comprenant mieux les multiples possibilités de collaborations et de solidarités qui s’offrent à eux. Quant au cours de culture religieuse, il devrait être simplement intégré au cours d’histoire et offert à la fin du secondaire où les étudiants pourront mettre en pratique leur esprit critique face au fait religieux.
Les religions furent les premières institutions à offrir de visions globales du monde, de la vie et de l’humain à partir de croyances religieuses (création, dieux, diables, paradis, enfer, etc.) imaginés de toutes pièces par des individus. Ces représentations surnaturelles (hétéronomes) du réel furent progressivement contestées par des conceptions naturelles et rationnelles de la réalité fournies par les premiers philosophes. Les explorateurs et les chercheurs fournirent par la suite des preuves concrètes et scientifiques qui confirmèrent les intuitions et les réflexions des philosophes sur le réel, et discréditèrent la plupart des croyances sans fondements des religions.
Avec la séparation de l’Église et de l’État suite à la Révolution française (1789), les démocraties devinrent enseignantes mais pas nécessairement morales comme l’avait fortement recommandé Charles Renouvier (1875). Ce fut l’erreur des démocraties. Elles n’ont pas élaboré une éthique naturelle, rationnelle et scientifique, donc universelle pour remplacer les éthiques particulières souvent contradictoires et antagonistes des différentes religions. Aujourd’hui, les démocraties cherchent encore comment remplir le vide de sens au cœur de la conscience humaine créé par la «sortie de la religion». Elles risquent maintenant d’imploser sous les tensions générées par les différentes cultures qui veulent assujettir les gouvernements à leurs intérêts particuliers au détriment du bien commun.
Les nouveaux membres de notre espèce naissent humains qu’en potentiel, ils ont donc un droit inaliénable à un véritable programme d’éthique naturelle. Présentement, il n’existe pas, à ma connaissance, de programme d’éthique fondé sur une science et un art transdisciplinaires du développement humain comme celui sur lequel nous travaillons présentement. Cette lacune dans notre savoir est d’autant plus inexcusable que l’humanité possède actuellement suffisamment d’experts, de connaissances, d’institutions éducatives et de moyens financiers et technologiques pour élaborer et diffuser un tel programme.
Que des politiciens élus commencent à s’intéresser à cette idée est d’autant plus stimulant que nos enfants ont le droit d’être éduqués à partir des meilleures connaissances et pratiques existantes. Compte tenu de son importance, la proposition de monsieur Lisée devrait rallier toutes les formations politiques.

Gaston Marcotte
Professeur associé à la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université Laval Président-fondateur du Mouvement Humanisation